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05-09-2010 13:55:10

EPU de la STAAR
Evaluation hémodynamique ... et la Neuroréanimation ... Les 3 et 4 Juillet 2010, à l’île de Kerkennah


Lexique

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Revue JMARMU n° 56 - Octobre 2006

LES INFECTIONS NOSOCOMIALES : IL EST TEMPS DE TIRER LA SONNETTE D’ALARME !

Les infections nosocomiales sont mondialement reconnues comme un problème majeur de santé publique par leur fréquence, leur coût et leur gravité ; elles sont la rançon du progrès médical. Selon les données de la littérature, 3 à 15% des malades hospitalisés (en moyenne 7%) contractent une infection nosocomiale. La mortalité imputable à ces infections, tous sites confondus, varie de 6 à 9% des décès hospitaliers selon les études publiées. A l’intérieur des établissements de soins, les services les plus touchés sont la réanimation et la chirurgie, due à la conjonction de plusieurs facteurs dont l’utilisation de
dispositifs invasifs, l’état d’immunodépression des patients lié à la pathologie sous-jacente. Néanmoins, la défaillance des mesures d’hygiène en particulier l’absence de lavage des mains constitue la cause majeure de transmission des bactéries.
 
Ce risque est d’autant plus important que l’hôpital ne dispose pas de structures adaptées pour la surveillance et la prévention.
 
Aussi, nombreux pays occidentaux ont pris conscience de la gravité du problème et ont mis en place une réglementation obligeant les hôpitaux de disposer de comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) avec des structures de coordination à l’échelle régionale et nationale. Ces CLIN sont chargés d’organiser et de coordonner la surveillance, la prévention et la formation continue en matière de lutte contre les infections nosocomiales. Actuellement la prévention des
infections nosocomiales est intégrée aux programmes d’assurance qualité et de gestion des risques, l’exigence sécuritaire des usagers s’affirmant de plus en plus.
 
Quelle est la situation en Tunisie ?
L’infection nosocomiale constituant un risque de toute hospitalisation tout particulièrement dans les services de réanimation et de chirurgie, notre pays est aussi concerné par le problème mais les études déterminant son importance et ses conséquences sont rares. L’un des obstacles à la mise en place des mesures de lutte contre les infections nosocomiales est lié à l’absence de données élémentaires à l’échelle nationale permettant d’évaluer l’importance du problème. C’est ainsi que s’est faite ressentir la nécessité de mener une enquête de prévalence nationale organisée par le Ministère de la Santé Publique en février 2006, dont les résultats sont en cours d’exploitation. Néanmoins, quelques études fragmentaires ont été réalisées notamment une enquête de prévalence instantanée faite en 1994 dans 11 unités de soins de l’hôpital Charles Nicolle qui a montré un taux de prévalence de malades ayant acquis une infection nosocomiale de 14%.

Les suppurations des plaies opératoires étaient les plus fréquentes (29%) suivies des infections respiratoires basses et des infections urinaires (17%) ; les bactériémies représentaient 10%.
Parmi les bactéries responsables d’infections dans nos hôpitaux, la proportion de souches multirésistantesaux antibiotiques est parmi les plus élevées. L’ampleur du problème causé par les bactéries multirésistantes (BMR) est actuellement de mieux en mieux connue grâce à une surveillance épidémiologique régulière organisée par le Laboratoire de Recherche « Résistance aux antibiotiques » depuis 1999 et impliquant plusieurs hôpitaux. Les études multicentriques montrent des fréquences alarmantes de BMR en particulier parmi les bacilles à Gram négatif tels que les Klebsielles résistantes aux céphalosporines de 3ème génération par production de bétalactamases à spectre étendue (BLSE) dont la fréquence d’isolement en 2003
variait entre 35 et 42% selon les hôpitaux, ces taux se maintenaient en 2005. Il en est de même pour Pseudomonas aeruginosa dont la fréquence de résistance à l’imipénème a atteint 23% en 2003. Ces BMR sévissent actuellement à l’état endémique dans nos hôpitaux et sont responsables de bouffées épidémiques notamment en milieu pédiatrique (Klebsiella et Salmonella entériques productrices de BLSE) ou dans les services de chirurgie et de réanimation (P. aeruginosa résistant à l’imipénème). Ces BMR acquises en milieu hospitalier représentent un indicateur intéressant des défaillances en mesures de prévention.ITORIAL  En Tunisie, la constitution dans chaque établissement de soins d’un comité permanent de lutte contre
les infections nosocomiales a été recommandée par le Ministère de la Santé Publique depuis 1981 (circulaire MSP/141/DTH du 30/06/1981). Cependant la mise en place de tels comités rencontre certaines difficultés en particulier l’insuffisance de moyens humains et matériels et l’absence de structures de coordination et d’expertise. Nous estimons que le temps est venu à présent pour que les CLIN deviennent une obligation dans chaque établissement de soins avec des structures nationales de coordination et d’évaluation dont le rôle principal serait d’harmoniser les surveillances des infections nosocomiales au niveau national, d’organiser l’analyse et la diffusion des données et de définir une politique de prévention. Néanmoins, il
faudra aussi s’interroger sur les conditions requises pour l’efficacité maximale de l’implantation effective d’une politique de prévention dont les axes seraient la surveillance des infections nosocomiales, la formation et la sensibilisation, l’adoption de procédures techniques ayant fait preuve de leur efficacité. Ceci sousentend l’allocation de ressources humaines et matérielles appropriées et des procédures organisationnelles nécessaires à l’accomplissement des tâches requises notamment un référent en charge de mener le programme.
Pour la réussite de ce programme, il faudra aussi disposer du soutien des autorités administratives, de la volonté médicale de changement des pratiques et centrer les actions sur les infections les plus vulnérables et les services à risque élevé notamment les services de réanimation où la prise en charge du risque infectieux doit être une priorité. Il est clair que sans moyens, sans directives organisationnelles, les recommandations ne peuvent être mises en pratique. Il doit y avoir une volonté institutionnelle à tous les niveaux pour faire de la prévention une priorité afin de pouvoir mobiliser tous les intervenants dans les objectifs communs.
Les surveillances bactériologique et pharmaceutique doivent aussi s’organiser parallèlement et en collaboration avec les cliniciens. Les objectifs principaux en sont l’alerte épidémique, le suivi de l’antibiorésistance et de la consommation d’antibiotiques.
La lutte contre les infections nosocomiales s’organise à tous les échelons. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra espérer réduire les infections nosocomiales et la fréquence des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et éviter le risque de se trouver dans une impasse thérapeutique. La sécurité sanitaire est désormais un axe essentiel de la politique de Santé Publique. La prévention des infections nosocomiales s’inscrit dans une démarche globale de qualité et de sécurité des soins pour
assurer aux patients la meilleure prestation et une utilisation optimale des moyens en structures, matériels, personnels et la maîtrise des coûts.
 
Pr. Saïda Ben Redjeb
Laboratoire de Microbiologie
Hôpital Charles Nicolle - Tunis

saida.benredjeb@rns.tn

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