
Revue JMARMU n° 57 - Janvier 2007
PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR POST-OPÉRATOIRE : OÙ EN EST-ON ?
La douleur postopératoire a été sous-estimée pendant des années, ne faisant l'objet d'aucun traitement adéquat. Or, on sait aujourd'hui que le traitement insuffisant de la douleur aiguë comporte un risque élevé de chronicisation. La douleur déclenche en outre la libération des catécholamines du «stress» comme l'adrénaline et la noradrénaline. Il s'ensuit des réactions neuro-endocriniennes, métaboliques, cardio-vasculaires, hématologiques et gastrointestinales qui peuvent entraîner des complications pendant et après la chirurgie.
En raison de son déterminisme multifactoriel et d'une expression extrêmement variable en fonction du temps, de l'individu et de l'environnement dans lequel il se trouve, la douleur postopératoire pose encore un certain nombre de problèmes qui, pour l'essentiel, relèvent d'un défaut de connaissance de ses déterminants et des moyens de la traiter et, bien souvent, d'un manque en moyens de traitement et défaut d'organisation. Le constat est qu’une analgésie efficace à tous les opérés sans exception reste encore l'apanage de quelques centres de référence de par le monde.
Il est donc logique de constater que les problèmes posés par la prise en charge de la douleur postopératoire restent posés, comme en témoignent les résultats relativement décevants dont se font régulièrement écho audits, enquêtes d'un jour et études épidémiologiques.
Un récent audit du type CAP (Connaissances, attitudes, pratiques), réalisé dans les services de différentes spécialités chirurgicales et d’Anesthésie-Réanimation des CHU du grand Tunis et basé sur des questionnaires adressés à 250 médecins, 300 personnels soignants et 900 opérés montre dans ses résultats une insuffisance de prise en charge de la douleur post opératoire. En effet, 88% des malades déclarent avoir souffert en postopératoire avec des douleurs intenses dans 33% des cas. Dans 58% des services, il n’y a pas de protocole écrit pour l’analgésie postopératoire. La surveillance de la douleur n’est pas systématique et l’évaluation, quand elle est présente, se limite dans la quasi-totalité à une simple interrogation verbale. De ce fait, les malades déclarent réclamer plusieurs fois une intervention thérapeutique avant d’en bénéficier. Un médecin sur deux affirme ne jamais informer les malades sur la survenue de douleurs postopératoires ni sur leur intensité.
Soixante douze pour cent des médecins ne sont pas satisfaits de leur prise en charge de la douleur postopératoire. Interrogées sur les principales causes de cette prise en charge inadéquate, les équipes soignantes citent en premier lieu le manque en moyens (50%), suivi par l’insuffisance en personnel soignant (39%) face à la masse des programmes opératoires
[1].
[1].
Le rôle d’une analgésie postopératoire efficace dans la réhabilitation postopératoire précoce et le raccourcissement de la durée d’hospitalisation des opérés ne fait plus l’ombre d’un doute. Adhérer à ce principe, nous impose de tout mettre en oeuvre pour étoffer les effectifs des équipes soignantes et leur offrir plus de possibilités par la disponibilité d'agents analgésiques ainsi que le matériel adéquat pour appliquer les nouveaux concepts d’administration des molécules, comme les pompes d’analgésie auto contrôlée…, pour ne citer que cet exemple.
Faut-il pour autant proposer de créer des services qui s’occupent de la douleur postopératoire ? Par le recrutement d’un personnel qualifié, nous pourrions déjà proposer la création d'équipes chargées de la protocolisation de la prise en charge de la douleur postopératoire dans nos hôpitaux. Un tel concept a été fréquemment proposé depuis plusieurs années par différents auteurs. Basée sur les anesthésistes et/ou sur une (ou des) infirmière(s) référente(s), cette équipe aura en charge la surveillance de la douleur aiguë, de ses traitements et de leurs adaptations au sein des services de chirurgie. Plus de 50 % des
hôpitaux nord-américains possèdent un programme de prise en charge de la douleur aiguë ou « acute pain management program », dont l'efficacité, grâce à des mesures simples, a été rapportée à plusieurs reprises.
hôpitaux nord-américains possèdent un programme de prise en charge de la douleur aiguë ou « acute pain management program », dont l'efficacité, grâce à des mesures simples, a été rapportée à plusieurs reprises.
L’enseignement et la formation continue des équipes soignantes devraient faire partie de nos préoccupations majeures. Une première étape a déjà été réalisée par la Faculté de Médecine de Tunis qui depuis quelques années propose pour les Médecin un Mastère de la prise en charge de la douleur dans tous ses aspects.
La douleur postopératoire est une réalité mais pas une fatalité. Notre prise en charge insuffisante actuelle ne doit pas perdurer. Équiper les services chirurgicaux et d’anesthésie-réanimation, augmenter l’effectif des équipes soignantes, et assurer leur formation initiale et continue sont les actions incontournables pour une prise en charge efficace dont le but ultime est le confort du malade, principal gage pour une réhabilitation postopératoire précoce.
Pr Ag Kamel Ben Fadhel
Service d’Anesthésie-Réanimation
CHU Habib Thameur, Tunis
E-Mail : kamel@urgentiste.zzn.com
Service d’Anesthésie-Réanimation
CHU Habib Thameur, Tunis
E-Mail : kamel@urgentiste.zzn.com
[1] Daoud O : Démarche assurance qualité appliquée à la prise en charge de la douleur postopératoire de l’adulte. Etude
multicentrique. Thèse de Doctorat en Médecine. Octobre 2006. Faculté de Médecine de Tunis.
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